Des Juifs américains contre l’envoi de nourriture aux Juifs d’Europe. 1941

 

                      Des orthodoxes sommés par le Congrès de « cesser
                 ce racket de colis qui nourrit la machine de guerre de Hitler »

 

C’est l’histoire incroyable et affligeante arrivée à des Juifs orthodoxes. Pendant l’été 1941, alors que les Etats-Unis sont encore neutres, ils envoient des colis de nourriture aux Juifs polonais enfermés et affamés dans les ghettos nazis. Une organisation dépendant du Congrès Juif Américain s’y oppose par la force.

Agudath Israel of America est une modeste organisation de Juifs orthodoxes très religieux. Ils estiment être des hommes que la providence a acheminés vers les côtes américaines dans le but d’aider leurs frères dans le danger. Des liens très forts les unissent aux Juifs d’une Europe de l’Est où vivent encore des membres de leur famille. Ils font parvenir régulièrement des colis aux ghettos polonais.

Pendant l’été 1941 ils sont forcés d’interrompre l’envoi de ces secours humanitaires. Le Joint Boycott Council, créé en 1933 par le Congrès Juif Américain (CJA), est passé à l’action afin que, dans une Amérique encore neutre, le blocus anglais du Reich soit strictement appliqué. Il installe des piquets devant les bureaux d’Agudath Israel pour, selon Joseph Tennenbaum, le président de l’organisation de boycottage,   « faire cesser ce racket de colis de nourriture » et éviter « de nourrir la machine de guerre de Hitler ». Il ajoute : « Tout ce qui peut entraver l’effort de guerre britannique est contraire aux intérêts des Juifs ».

Tennenbaum ajouta l’invective au boycott. Il qualifie Agudath Israel « de mauvaise herbe malade, transplantée d’une terre étrangère dans l’environnement libéral américain ».[1] De son côté Stephen Wise, le prestigieux président du Congrès Juif Mondial (CJM), veut à tout prix éviter « de tout mettre en danger du fait de ce misérable trafic ».[2] Ces mots n’auraient jamais dû être prononcés, cette diatribe augure mal de l’union des Juifs d’Amérique à la veille de la Shoah.

Heureusement, sur place, confronté aux réalités, le docteur Abraham Silberschein qui dirige RELICO, l’organisme spécial d’assistance aux victimes de la guerre, créé par le bureau du Congrès Juif Mondial de Genève, ne tient pas compte du boycott. Il expédie discrètement 1500 colis par semaine vers les ghettos polonais jusqu’à la déportation et l’extermination de leurs occupants.[3] Une misère étant donné les besoins vitaux des centaines de milliers de Juifs emprisonnés. Et pourtant, comme l’écrit Gerhart Riegner, le représentant à Genève du CJM,           « cette activité n’était pas bien vue par les autorités du Congrès Juif Mondial à New York. Celles-ci sont intervenues à plusieurs reprises pour y mettre fin, puisque cette action était en contradiction avec le blocus économique des Alliés ».[4]

A New York, le 1er mars 1943, le Congrès Juif Américain (CJA) réunit 37 000 personnes au Madison Square Garden aux cris de : « Arrêtez Hitler tout de suite ! »[5] Les orateurs exigent l’envoi de nourriture et de médicaments dans les camps et ghettos sous contrôle nazi. Mais ils ajoutent immédiatement « tout en tenant strictement compte de la guerre économique conduite contre les Etats agresseurs ».[6] Ils vouent eux-mêmes à l’échec leurs propres demandes. Cette politique ambivalente sera longtemps poursuivie par le CJA et son extension internationale le Congrès Juif Mondial (CJM).

Au cours de l’American Jewish Conference d’août 1943, le rabbin Abba Hillel Silver, le chef le plus radical du mouvement sioniste américain, est allé plus loin. Il estime que si l’on n’arrive pas à créer un Etat juif, il devient inutile d’essayer d’envoyer de la nourriture aux masses affamées des ghettos juifs. Pour lui, l’absence d’un Etat juif où se réfugier condamne les générations juives futures à d’autres camps de la mort.[7] Les opérations de secours deviennent alors secondaires.

Plus tard les dirigeants du CJM comme du CJA ont modifié leur politique et interviennent pour demander au gouvernement des dérogations officielles au boycott, dérogations qui leur sont systématiquement refusées. Un exemple. Au cours d’un long entretien avec Breckenridge Long, du State Department, le 16 septembre 1943, Nahum Goldmann, un dirigeant du CJM et de l’Agence juive, demande au gouvernement américain d’accepter l’envoi de dix millions de dollars destinés à financer des secours alimentaires distribués par l’intermédiaire du CICR. Ce projet est rejeté. Pour le State Department « un tel projet détruirait l’efficacité du blocus allié de l’Europe (…) il contribuerait à l’effort de guerre nazi parce qu’aucun contrôle effectif n’existerait sur la distribution des colis ».[8] Toujours la même demande, toujours la même réponse. Les dirigeants juifs ne sont-ils pas conscients qu’ils n’obtiendront aucune dérogation et qu’ils doivent agir autrement ?

Il faut attendre début 1944 pour que la situation se dénoue lentement. Le CJM demande au gouvernement un soutien massif pour le Comité International de la Croix-Rouge : « Des navires pour transporter des approvisionnements vers les camps d’internement (…), un assouplissement du blocus allié, des colis d’alimentation vers les camps de travail, des fonds alliés. »[9] Ce programme met de longs mois à se réaliser. Ce n’est qu’à la fin de l’année, quelques mois avant la victoire, que d’importants approvisionnements alliés arrivent. Le chaos indescriptible qui règne alors dans ce qui reste du Reich rend problématique l’acheminement de ces secours arrivés si tardivement.

L’historien Naomi Cohen donne une explication à ce manque d’engagement de la communauté juive américaine. Pour lui, « la plupart des Juifs américains avaient accepté la position anglaise et américaine qu’il n’y avait réellement rien à faire pour sauver les Juifs sous la loi nazie, si ce n’était de gagner rapidement la guerre ».[10] On était loin du militantisme des orthodoxes. « Lorsqu’il s’agit de sauver des vies juives, nous les rabbins n’avons pas le droit d’être incompétents. (…) Suivant les commandements de la Torah, nous sommes prêts à violer de nombreuses lois (…) pour sauver des vies », disait le Rabbin Eliezer Silver, fondateur du Vaad Hatzalah.[11] Il n’a pas été suivi.


 [1] PENKOWER Monty Noam, The Jews were expendable. Free World Diplomacy and the Holocaust, University of Illinois Press, Urbana and Chicago, 1983, p. 123. Il s’agit ici de secours et non de sauvetages.

[2] Wise pense à ses relations privilégiées avec Roosevelt.

[3] Ibid. p. 124.

[4] RIEGNER Gerhart, Ne jamais désespérer ; soixante années au service du peuple juif et des droits de l’homme, Editions du Cerf, Paris, 1998, p. 113.

[5] BREITMAN Richard , KRAUT Alan, American Refugee Policy and European Jewry , 1933-1945, Indiana University Press, Bloomington, 1987, p. 176.

[6] FEINGOLD Henry L, The Politics of Rescue : The Roosevelt Administration and the Holocaust , 1938-1945 Rutgers University Press, New Brunswick N J, 1970, p. 187.

[7] BERMAN Aaron, Nazism, the Jews, and American Zionism. 1933-1945, Wayne State University Press, Detroit, 1990, p. 115.

[8] FRIEDMAN Saul, S. No for the Oppressed: United States Policy Toward Jewish Refugees 1938-1945, Wayne University Press, Detroit, 1973, p. 192.

[9] PENKOWER Monty Noam, The efforts of the American Jewish Congress and the World Jewish Congress in the years of the Holocaust, in FINGER Seymour Maxwell éd., American Jewry and the Holocaust : A Report by the Research Director, his Staff and Independant Research Scholars Retained by the Director for the American Jewish Commission on the Holocaust, Holmes and Meier, New York, 1984, p. 10.

[10] FINGER, op. cit. p. 33.

[11] KRANZLER David, Orthodox ends, Unorthodox means, the Role of Vaad Hatzalah and Agudath Israel during the Holocaust in FINGER, op. cit. p. 25.

 

La désunion des Juifs américains et anglais. 1942-1944.

                                         Pas d’unité face à la Shoah.

 

Les Juifs d’Amérique et de Grande-Bretagne sont conscients du caractère dramatique des discordes qui règnent dans leurs rangs alors qu’ils savent que des millions de leurs coreligionnaires meurent aux mains des nazis.[1] Malgré les violentes dénonciations de ces disputes par des éditorialistes de publications juives de l’époque, l’union sacrée ne se réalisera pas.

 Hayim Greenberg, éditeur de Jewish Frontier, décrit au début 1943 « l’incapacité (des communautés juives) à mettre en place une organisation qui regrouperait les sionistes et antisionistes, les congressistes et les anti-congressistes, les orthodoxes et les réformistes, les Synagogue Jews et les sécularistes, les travailleurs et les businessmen. Chaque comité défend ses propres intérêts, ses ambitions sectaires, sa seule stratégie pertinente, son pouvoir, en compétition avec les autres organisations juives ».[2] Il ajoute : «Quelle est la valeur de toutes nos différences d’opinion, de toutes nos philosophies, (…) de toutes nos considérations tragi-comiques basées sur un prestige excessif, quand la hache du bourreau s’abat sur presque tous les Juifs du monde ? »[3]

 Dayan Yehezkel Abramsky, l’un des plus fameux érudits juif anglais, souligne une situation semblable en Grande-Bretagne dans le British Chronicle du 2 avril 1943 : « Comment pouvons-nous revenir à l’unité (…) ou du moins à une unité d’action en ce qui concerne nos frères torturés (…) Le problème demande une solution immédiate (…) Le cri d’agonie de ceux qui sont torturés dans les prisons n’a toujours pas imposé le silence (…) aux partisans des disputes ».[4]

 Dans le Jewish Chronicle de Londres du 18 février 1944 la même situation est décrite. « Face au vêtement ensanglanté de la persécution et de l’agonie (…), le plus petit effort vers l’unité juive n’existe pas. Que révèle la scène ? Le Board of Deputies, aigri par les manoeuvres politiques des dernières élections, se trouve divisé intérieurement et en guerre contre l’Anglo-Jewish Association. L’Organisation sioniste, qui refuse d’accueillir dans son comité la révisionniste New Sionist Organisation et l’Agence Juive est également divisée. (…) Pendant ce temps le Congrès juif mondial (…) demande qu’il lui soit reconnu le rôle de porte-parole de la communauté juive. (…) De tous les côtés la guerre civile se déchaîne parmi les Juifs. Que ces disputes sont mesquines par rapport aux affaires du monde ! ».[5]

La rivalité entre les deux grandes fédérations juives américaines est largement antérieure à la deuxième guerre mondiale. Des heurts se sont régulièrement produits entre l’American Jewish Committee (Committee) dont les membres sont principalement les Juifs fortunés d’origine allemande de uptown New York et l’American Jewish Congress (Congress) qui regroupe surtout des Juifs d’Europe de l’Est moins riches de Downtown.

 Une note interne du 1er novembre 1935 de Cyrus Adler, président du « Committee », donne le ton : « Inutile de communiquer ou de coopérer avec Wise. (…) Depuis le début, il a toujours voulu détruire le « Committee ». Il n’a jamais eu d’autre réelle raison à son activité au « Congrès » que d’obtenir le leadership de l’American Israel ».[6] Bien que ces types de déclarations ne fussent pas publiques, elles indiquent le degré d’animosité qui existe.

Le « Congrès » milite pour la création en priorité d’un Etat juif. Josef Proskauer, le président du « Committee », s’y oppose en déclarant en public que « personne n’espère avoir un Etat juif maintenant ».[7] Puis il s’empresse dans une lettre du 8 novembre 1943 à Roosevelt de dénoncer « la folie de créer un Etat identifié par une religion ».[8] Quelques semaines auparavant, Morris Waldam, vice-président exécutif du « Committee », déclarait à des fonctionnaires du Département d’Etat que « le « Committee » prendra toutes les décisions nécessaires pour organiser les Juifs américains afin qu’ils s’opposent activement à toutes manifestations de la part des Sionistes… »[9]

Le conflit dégénère dans des attaques personnelles. Wise dit de Proskauer qu’il est « un menteur congénital et incurable, l’un des êtres humains les plus vils que j’ai jamais connu, (…) sans la moindre parcelle d’honneur ». Un an plus tard Wise télégraphie à Proskauer : « Lettre annulée. Désolé. Reprends tout ce que j’ai dit. Stephen. »[10]

Les heurts s’étendent au sein même des militants sionistes. Créé en 1942 par le « Congrès », l’American Zionist Emergency Council (AZEC) joue un rôle de pressions politiques et de relations publiques. Abba Hillel Silver, son dynamique président, arrive à convaincre les trois quarts des sénateurs de se déclarer en faveur de la création d’un Etat juif.[11] Ce qui n’empêche pas une lutte sans merci avec Wise, qui aboutit à la démission fracassante de Silver de l’AZEC.

Cette démission s’accompagne d’une féroce accusation de Silver. « Aucun dirigeant de l’AZEC n’a autant contrevenu et de façon aussi éhontée que le Dr. Wise aux décisions prises. (…) De façon persistante il a traité le mouvement sioniste des Etats-Unis comme si c’était sa propriété personnelle et il a farouchement rejeté tout nouveau dirigeant qui menaçait son monopole ».[12]

C’est au groupe « Bergson » des Sionistes révisionnistes que Wise réserve ses attaques les plus virulentes. Ce sont des anciens de l’Irgoun arrivés de Palestine aux Etats-Unis au début de la guerre. En 1942 leur chef Peter Bergson a presque réussi à convaincre le Département de la défense d’accepter l’idée d’établir une armée juive. Mais Stephen Wise se rend à Washington et contre cette proposition. « Il explique que la proposition d’une armée juive est imprudente et inacceptable par la majorité des Juifs d’Amérique ». Il a gain de cause.[13]

Dans une seconde étape, Bergson décide de se concentrer sur le sauvetage des Juifs d’Europe en multipliant avec un grand succès des campagnes d’information auprès du public et en accentuant les pressions sur les parlementaires. Fin juillet 1943, il tient à New York l’Emergency Conference to Save the Jews of Europe. Elle recommande la création d’une agence officielle chargée de secourir ce peuple destiné à la mort.[14] Wise ne perd pas de temps pour dénoncer cette résolution. Il blâme « ceux qui lancent des publicités sans réfléchir, (…) qui n’arrêtent pas de demander des fonds dont il n’est jamais rendu compte», et il rejette simplement l’Emergency Committee comme ne représentant « personne sinon une poignée, un très petit nombre de Juifs et un très petit nombre de chrétiens ».[15] Il va jusqu’à qualifier les déclarations de Bergson de « chantage moral ».[16]

Le 9 novembre 1943, à l’instigation de Bergson, le sénateur Guy Gilette et le représentant Will Rodgers jr. présentent une motion demandant au Président d’établir d’urgence « une commission d’experts diplomatiques, économiques et militaires » pour prendre des mesures immédiates pour sauver les Juifs restant en Europe.[17] Elle est critiquée par Wise le même jour. Le sénateur Gilette, ami dévoué du sionisme, dénonce l’obstruction de la part de dirigeants sionistes : « Ces gens-là firent tous les efforts possibles et usèrent de tous les moyens à leur disposition pour bloquer la motion ».[18] Et il ajoute « J’aimerais que ces damnés Juifs se mettent d’accord sur ce qu’ils veulent ».[19]

Wise n’en reste pas là. Il dissuade des personnalités non juives de soutenir Bergson. Dans une lettre à Harold Ickes, secrétaire d’Etat de l’Intérieur, il écrit : « Je suis navré d’apprendre (…) que vous avez accepté la présidence de la division de Washington du Committee to Rescue the Jews of Europe (…) Je suis obligé de vous dire que le moment viendra où vous serez forcé de vous retirer de ce groupe irresponsable qui n’existe que pour obtenir des fonds en utilisant les noms de non juifs comme vous-même ».[20]

En mars 1943, l’éditorialiste d’Opinion, mensuel édité par Wise, écrit : « Jusqu’à présent la conscience des Juifs américains ne les a pas motivés à entreprendre des actions résolues (…). Comment peuvent-ils espérer entraîner les Nations Unies ? »[21] On pourrait ajouter « ou motiver les politiciens et fonctionnaires américains ? » L’éditorialiste d’Opinion, lui-même, reconnaît un manque de « conscience » et l’apathie de la communauté juive.

A lire le journal en 1944 de Breckinridge Strong, directeur, peu amène pour les Juifs, de l’immigration au State Department, la situation manifestement le comble. « Une multitude de controverses divise les organisations juives (…) il n’existe aucune cohésion, aucune collaboration (…) ce ne sont que rivalités, jalousies et antagonismes ».[22] Le spectacle de ces communautés juives qui s’entredéchirent sert d’excuse aux dirigeants politiques pour ne pas agir.

« On ne saura jamais de façon sûre dans quelle mesure le manque d’unité des Juifs américains a pu peser ou non sur le destin tragique des Juifs d’Europe, mais on peut tout de même se poser la question de savoir si les Juifs, parlant d’une même voix et perdant moins d’énergie et de ressources dans des luttes intestines, n’auraient pas eu plus de succès… »[23] Au-delà de résultats tangibles envisagés, il y a aussi l’aspect moral que soulève cette désunion face au génocide.

A l’époque déjà Greenberg l’exprime sans détours. « Alors que la communauté juive américaine est la plus importante et la plus influente dans le monde, alors que les yeux de millions de Juifs d’Europe, qui sont journellement menacés de la forme d’extermination physique la plus terrible et la plus dégradante, se tournent vers les Juifs d’Amérique, cette communauté juive américaine est tombée plus bas que jamais. (…) Si la faillite morale mérite la pitié, alors aucune communauté juive dans le monde d’aujourd’hui (…) ne mérite plus la compassion divine que les Juifs d’Amérique ».[24] Malgré ce jugement brutal, les discordes continuèrent.[25]

 

 

[1] FRIEDMAN Saul S. No Haven for the Oppressed: United States Policy toward Jewish Refugees 1938-1945, Wayne University Press, Detroit, 1973, p. 140. Au début de l’été 1942, lors d’une manifestation intitulée « Stop Hitler » qui réunit plus de 10 000 personnes à New York, Stephen Wise, président du Congrès Juif américain faisait état de «  plus d’un million de Juifs qui ont déjà été brutalement mis à mort par les Nazis ».

[2] IBID. p. 144, dans le Yiddisher Kempfer, un article intitulé «  Banqueroute morale » du 12 février 1943. Greenberg était un dirigeant sioniste. BERMAN Aaron, Nazism, the Jews and American Sionism, 1933-1945,– Detroit 1990, p. 11.

[3] FEINGOLD Henry L, Time for Searching : Entering the Main Stream ( immigration 1920-1945), John Hopkins University. Baltimore, 1992, p. 239.

[4] BOLCHOVER Richard, British Jewry and the Holocaust, Cambridge University Press, 1993, p. 61.

[5] IBID.  p. 60. Julius Jacob dans le Jewish Chronicle du 18 février 1944.

[6] PINSKY Edward, The American Jewish Committte and the Joint Distribution Committee, in FINGER Seymour Maxwell, direction, American Jewry and the Holocaust : A report by the Research Director, his staff and Independent Research Scholars Retained by the Director for the American Jewish Commission on the Holocaust, Holmes Meier, New York, 1984. appendix 4-4, p. 4. Stephen Wise, président de l’American Jewish Congress.

[7] KRANZLER David, Orthodox Ends, Unorthodox Means, the Role of Vaad Hatzalah and Agudath Israel during the Holocaust, in FINGER, op. cit. p. 7. Pendant l’American Jewish Conference qui réunissait toutes les tendances fin août 1943.

[8] PINSKY, op. cit. p. 11.

[9] DRUKS Herbert, The Failure to Rescue, Robert Speller & Sons, New York, 1977, p. 86.

[10] PINSKY, op. cit. p. 9.

[11] WYMAN David, L’Abandon des Juifs. Les Américains et la solution finale, Flammarion, Paris, 1987, p. 227 et 228.

[12] FRIEDMAN, op. cit. p. 18.129.

[13] NURENBERGER J. The Sacred and the Doomed, The Jewish Establishement vs, the Six Millions, Mosaic Press, Niagara Falls, N.Y. 1985, p. 44.

[14] PENKOWER Monty Noam, The Jews Were Expandable : Free World Diplomacy and the Holocaust, University of Illinois Press, Urbana, 1983, p. 135.

[15] IBID. p. 138.

[16] LOOKSTEIN Haskel, Where We our Brothers’ Keepers ? A public Response of American Jews to the Holocaust 1938-1944, Hartmore House, New York, 1985, p. 178.

[17] WYMAN David, The American Leadership and the Holocaust, in. BRAHAM Randolf , direc., Jewish Leadership during the Nazi Era : Pattern of Behaviour in the Free World, New-York, 1985, p. 24.

[18] WYMAN, op. cit. p. 262/263.

[19] LOOKSTEIN, op. cit. p. 179.

[20] NURENBERGER, op. cit. p. 156. FRIEDLANDER, Saul, Les années d’extermination, l’Allemagne nazie et les Juifs, 1939-1945. Seuil, Paris, 2008, p.731 donne un autre exemple. A la veille de la « Conférence d’urgence pour sauver les Juifs d’Europe », Summer Wells, sous-secrétaire d’Etat américain, écrivait à un ami : «  J’ai décliné cette invitation (à la Conférence). Les organisations et dirigeants juifs plus conservateurs, mais aussi des leaders comme le rabbin Wise, qui étaient ce matin avec moi, se sont farouchement opposés à cette conférence, ont fait tout leur possible pour l’empêcher… »

[21] KRANZLER, op. cit. p. 7.

[22] FEINGOLD Henry L. Bearing Witness : How American and its Jews Responded to the Holocaust, Syracus University Press, New York, 1995, p. 269.

[23] RUBINSTEIN William D. The Myth of Rescue – Why the democracies could not have saved more Jews from the Nazis, Routledge, London, New York, 1997, p. 118. Citant l’historien Pinsky.

[24] FINGER, op. cit. p. 46.

[25] On notera que toutes les citations, à une exception près, sont des déclarations, des écrits des acteurs de l’époque et non les commentaires très nombreux à ce sujet des historiens.

Une conduite honteuse du Comité International de la Croix-Rouge ? 1945

Un témoignage et l’histoire.

Il y a quelque temps, invité par une importante association juive de France, j’exposais certains des moments forts d’un de mes récents livres. La conférence terminée, une femme, marquée par l’âge et l’épreuve, intervint sur un sujet que je n’avais pas évoqué, la conduite inacceptable du Comité International de la Croix-rouge (CICR).

Cette personne a survécu aux pires tourments dans le sinistre camp de Mauthausen-Gusen. Les nazis y ont acculé à la mort des milliers d’internés en les forçant, entre-autre, à porter des charges trop lourdes dans des carrières de pierres dangereuses. Cette dame témoigne : « Vous les Suisses, vous avez eu une conduite indigne dont vous devez rendre compte. Au cours des longs mois que j’ai passés dans l’antichambre de la mort, pas une seule fois je n’ai vu l’ombre d’un représentant de la Croix-Rouge. Aucun secours alors que nous étions dans le dénuement le plus total, aucun soutien à notre détresse sans fond. Vous nous avez complètement abandonnés ».

Elle poursuit : « Quelques jours avant la libération de notre camp par les troupes américaines, alors que les malades et les morts ne se comptaient plus, vous êtes enfin arrivés avec quelques camions, qui ont reculé dans la cour, et du haut de leurs ridelles, vous nous avez lancé des colis comme on jette un os à un chien. Arrogants, vous n’êtes même pas descendus du véhicule. Pas une poignée de main, pas un mot de réconfort, vous êtes repartis sous l’œil goguenard des gardiens SS de service qui se demandaient s’ils n’allaient pas confisquer à leur profit cette manne providentielle.

La soirée et une bonne partie de la nuit suivante, ce fut pire. Nous vous avons vu de loin festoyer dans les bureaux du camp avec nos tortionnaires SS. Vous buviez et nous vous avons même entendu chanter ensemble. Cette collusion avec les nazis fut pour nous désespérante. Votre présence ici est une provocation, vous n’avez pas votre place parmi nous ».

Les souvenirs de cette survivante sont ancrés dans un passé ô combien douloureux et l’on doit les respecter. Un commentaire rouvrirait des blessures qui ne cicatriseront jamais. Je me tais et un silence de longues secondes s’établit. Le directeur du centre le rompt d’une voix douce mais précise : « Chère amie, l’orateur auquel vous adressez des reproches justifiés n’est pas en cause. Il est aussi Français que vous et moi ». La tension est retombée.

Le témoignage apporté par cette survivante parfaitement exact et pourtant l’analyse historique apporte un éclairage différent. L’intervention du CICR dans les camps de concentration de prisonniers civils a été trop tardive. C’est également la responsabilité des Alliés qui refusèrent le ravitaillement et le financement, et celle des Allemands qui interdirent l’accès de ces camps au CICR. Dès 1939 et à de nombreuses reprises le CICR est intervenu en vain auprès des autorités allemandes. Symptomatique la réponse du ministère des Affaires étrangères à une intervention du CICR : « … ces Israélites ont été déportés pour avoir essayé de porter atteinte à la sûreté de l’armée allemande ; ils ne sont pas considérés comme des internés, mais comme des criminels… » C’est l’affaire de la Gestapo. Personne ne peut rien pour eux.[1]

Le 22 avril 1945 deux délégués du CICR, les docteurs Rübli et Mayor, arrivent à Mauthausen-Gusen avec un convoi de ravitaillement. Le commandant du camp Frantz Ziereis leur refuse l’accès.[2] Le 28 avril, à la tête de 19 camions, Louis Haefliger prend le relais. Après trois jours de démarches il obtient l’autorisation de pénétrer dans le camp.[3] Comment expliquer la façon inacceptable décrite par notre témoin de distribuer des secours aux prisonniers ? Elle est si atypique des pratiques du CICR. Peut-on alors faire ici l’hypothèse que les SS ont mis comme condition de la distribution que Haefliger et ses hommes n’aient aucun contact avec les internés comme ce fut le cas ailleurs? N’oublions pas que Haefliger a dû longuement et âprement négocier son entrée dans le camp.

Les délégués du CICR qui viennent de risquer leur vie pour arriver à Mauthausen-Gusen se sont-ils mal comportés ? Au volant de leurs camions chargés de secours ils ont sillonné les routes dangereuses d’une Allemagne en plein chaos. Elles sont envahies par des millions de réfugiés de l’Est du pays sans ressources et par des centaines de milliers de soldats allemands en déroute qui n’ont plus rien à perdre. Ces délégués traversent des villes anéanties par les bombardements dont les survivants affamés sont aux aguets. Des camions suisses débordant de ravitaillement, mêmes protégés par la Croix-Rouge qu’ils arborent, n’en constituent pas moins un appel irrésistible pour ces populations désespérées et des dérapages graves peuvent en résulter.

Le danger vient aussi du ciel. Le 10 avril, les Britanniques ont mis les services de la Croix-Rouge en garde. « Le Ministère de l’Air signale que la bataille s’approche (…) et que le danger représenté par l’aviation alliée pour tous les mouvements sur les routes vont selon toute vraisemblance s’intensifier ».[4] Ces délégués sont des « volontaires » qui se sont portés au service de leur prochain au péril de leur vie.

Le soir même de la distribution de vivres aux prisonniers, Haefliger entreprend de convaincre Franz Zieries et ses adjoints d’éviter un ultime massacre des survivants avant l’arrivée des Alliés. La tâche est ardue. En cette fin avril 1945, l’ordre de Berlin à tous les commandants des camps est clair : « Evacuez, tuez d’une façon ou de l’autre, débarrassez-vous de la population prisonnière ».[5] Que pour arriver à ses fins dans une négociation à l’issue incertaine mais essentielle, Haefliger ait dû «festoyer » avec les SS n’a rien d’anormal. Mais cela les prisonniers témoins à distance de la scène ne peuvent pas l’imaginer.

Haefliger obtient un doublé. Zieries annule l’ordre de faire sauter les usines souterraines de Gusen où travaillent 40 000 travailleurs forcés.[6] Le commandant s’engage à ne pas combattre à l’arrivée des troupes alliées. Traversant les lignes du front avec courage, Haefliger va au-devant des Américains et les informe qu’il a obtenu des Allemands la reddition sans résistance du camp de Mauthausen-Gusen.[7] Il était temps, le camp a été libéré pacifiquement le 3 mai.

La conclusion du rapport de Haefliger sur les camps de Mauthausen-Gusen décrit bien les résultats qu’il a obtenus : « Tous les anciens internés de ces camps, qui pourtant étaient destinés à l’extermination, sont libres (…Le) premier objectif que je m’étais fixé est atteint : les camps n’ont pas été anéantis, 60 000 êtres humains sont libérés ».[8]

 Le témoignage de mon interlocutrice est celui de très nombreux prisonniers civils des nazis. L’historien Meir Dworzecki en donne l’explication : « Ceux qui étaient internés dans l’univers imperméable des camps de concentration (…) ne surent qu’une chose : ils ne virent pratiquement jamais des représentants du CICR dans les ghettos et les camps de concentration. Ainsi pour ceux en détresse dans l’Europe occupée par les nazis, l’institution qui pendant presque 85 ans avait symbolisé les secours à ceux qui souffrent et qui se battent contre l’injustice, le mal et la mort, devint une institution inexistante qui renia son passé ».[9]

Au-delà des témoignages auxquels nous devons le plus grand respect, il faut aussi prendre en compte ce que l’histoire nous a appris depuis.

 

[1] BUGNION, François, Le Comité International de la Croix-Rouge et la protection des victimes de la Guerre, Comité International de la Croix-Rouge, Genève 1994, p. 240. Réponse au CICR du 30 mai 1942.

[2] DURAND André, Histoire du Comité International de la Croix-Rouge, de Sarajevo à Hiroshima, Institut Dunant, Genève, 1978, p. 524

[3] IBID. p. 527.

[4] KOBLIK Steven, The Stones Cry Out : Sweden’s Response to the Persecution of the Jews , 1933-1945, The Holocaust Library, New York, 1988, p. 136.

[5] ABZUG Robert H. Inside the Vicious Heart : American and the Liberation of Nazi Concentration Camps,   New York, 1985, p. 47.

[6] DURAND op.cit., p. 527.

[7] IBID. p. 527.

[8] FAVEZ Jean-Claude, Une Mission Impossible, le CICR, les Déportations et les Camps de Concentration Nazis, Payot, Lausanne, 1988, p. 364.

[9] DWORZECKI Meir Le Comité International de la Croix-Rouge et sa politique vis-à-vis des Juifs dans les ghettos et les camps de concentration dans l’occupation nazie en Europe. In Rescue Attempts during the Holocaust. Yad Vashem, Jérusalem, 1977, p. 73.

La sélection révoltante des Juifs après la guerre 1945-1948

                  Discrimination et sélection se sont abattues sur   

                 les DP juifs à la recherche d’un refuge en Occident.

 

Ils sont 250 000 Juifs dans les camps de « Personnes Déplacées » ( DP) des zones d’occupation en Allemagne et en Autriche. Leur dernier espoir, c’est de quitter aussi rapidement que possible ces camps situés sur la terre maudite du Reich où ils croupissent, désespérés et sans futur.

Le monde, qui connaît le calvaire terrible enduré par ces survivants du génocide, va soumettre leur départ à une sélection indigne. La sélection, ces survivants l’ont déjà subie à l’arrivée dans les camps de la mort : les enfants et les vieux vers les chambres à gaz, pour les hommes et les femmes valides le travail forcé. C’est le déchirement, la séparation brutale et définitive d’êtres chéris. La sélection va être un traumatisme supplémentaire qu’il fallait absolument éviter à ces revenants du désastre.

Dans un premier temps les pays anglo-saxons ont freiné l’arrivée des Juifs sur leur territoire. Avant la sélection, ce fut la discrimination. Aux Etats-Unis, le sénateur Pepper de Floride s’insurge contre la loi de 1948 sur l’immigration : « Monsieur le Président, je vous dis que si ce n’est pas dans sa conception, sur le plan pratique cette loi discrimine les Juifs. »[1] Meier Steinbrink, président de la Ligue contre la Diffamation,[2] s’insurge contre une loi qui s’aligne sur « l’idéologie raciale nazie, donnant la préférence aux Volksdeutsche qui ont servi de cinquième colonne de Hitler dans de nombreux pays européens et discrimine en défaveur des survivants, les véritables victimes des persécutions nazies. »[3]

En Grande-Bretagne dans un rapport de 1945 de la Commission royale sur la population, on peut lire : « Une sélection minutieuse des immigrants éliminera les déficients mentaux, les personnes avec des désordres mentaux, ou des défauts de naissance ainsi que ceux qui sont socialement inadaptés. »[4] Lorsque l’on lit les rapports des médecins, des travailleurs sociaux, des psychologues qui ont travaillé dans les camps de Juifs, il faut hélas conclure que ces restrictions s’appliquent souvent à eux. Presque tous ont subi de telles horreurs qu’ils présentent des « désordres mentaux » et qu’il leur faudra quelque temps pour être de nouveau « socialement adaptés ». En mars 1947 un haut responsable britannique en Autriche illustre cette politique : « Il nous semble plus simple et plus efficace de recruter les personnes déplacées sans prendre la nationalité en compte, sauf que nous devons exclure les Juifs…»[5] Pour l’administration britannique en charge de la sélection des travailleurs, les personnes déplacées en provenance des Pays baltes, même s’ils « étaient des ennemis de notre allié russe et des collaborateurs de notre ennemi allemand… sont des personnes cultivées, propres et dignes de confiance. Ils sont en général les premiers que l’on demande pour les programmes d’immigration. »[6] Les Juifs, eux, sont systématiquement écartés.

Au Canada, les appels à la main-d’œuvre étrangère se multiplient : agriculture, tâches domestiques, industrie textile… Dans tous les cas l’administration demande l’exclusion des Juifs. Lorsqu’il s’agit d’amener d’Europe le premier contingent de travailleurs du textile, Toronto câble aux fonctionnaires de l’immigration en Europe : « Pas de Juifs ».[7] Aussi tardivement que janvier 1948 une enquête de l’International Refugee Organisation (IRO) souligne le refus constant des Juifs dans les programmes d’immigration canadiens.[8]

Le 22 août 1945, le gouvernement australien annonce une politique très restrictive d’accueil des réfugiés juifs. Seuls ceux qui ont des parents proches résidant en Australie peuvent poser leur candidature. Les conditions d’acceptation de leur dossier sont nombreuses et strictes. Ils doivent être en bonne santé, adopter un bon comportement, ne faire l’objet d’aucune mention négative à leur égard des services de sécurité britanniques et être pris en charge financièrement par des garants.[9] On élimine ainsi la quasi-totalité des survivants.

Pour ceux qui malgré toutes ces discriminations peuvent tout de même postuler au départ vers les démocraties anglo-saxonnes, les difficultés ne sont pas terminées. Des équipes envoyées par ces pays vont  « sélectionner » les candidats à l’immigration. Une véritable  « immigration choisie » avant la lettre. Chacun est ausculté des pieds à la tête. Les antécédents professionnels sont scrutés. Les malades et particulièrement ceux atteints de tuberculose ou de maladies vénériennes sont exclus. Il en va de même pour les femmes enceintes ou avec des enfants en bas âge. La plupart des postulants sont éliminés. Ils se retrouvent entre eux, bannis, alors que les autres partent vers la liberté.

Le « détenu » juif d’un camp de DP n’a plus qu’à placer tous ses espoirs vers Eretz Israël, le « Foyer juif » qui va en mai 1948 devenir l’Etat d’Israël. La solution sioniste apparaît comme la seule qui permette de réaliser le but de tous les Juifs : abandonner l’Europe ensanglantée et ouvrir un nouveau chapitre de la vie juive basé sur la justice et l’indépendance plutôt que sur la charité et la servilité.[10] Une infirmière polonaise, témoin du soulèvement du Ghetto de Varsovie, ne réclame qu’une seule chose : « c’est d’aller en Palestine et commencer là-bas une nouvelle vie ». [11]

Au Congrès sioniste tenu à Bâle le 9 décembre 1946, un intervenant conclut : « Nous avons une foi sans faille que le temps de l’exode de masse dans notre foyer national va finalement se réaliser… Toutes les routes vers la Palestine sont légales et aucune force ne nous fera changer d’avis. »[12] Une « force » imprévisible va empêcher des DP de quitter leurs camps. C’est celle des leaders d’Eretz Israël qui ont décidé de sélectionner les immigrants potentiels vers la Terre sainte.

Les propos de dirigeants sionistes sont sans ambiguïté. Pour Nahum Goldman « les personnes déplacées en général ne représentent pas le matériau humain dont Eretz Israël a besoin aujourd’hui (…) Dans l’intérêt de l’Etat, nous devons choisir le meilleur matériau, les gens jeunes, volontaires ».[13] Jacob Oleiskyle, directeur de l’Organisation for Rehabilitation through Training (ORT), expose cette politique déjà en octobre 1945 : « Nous avons beaucoup à faire dans le futur pour construire un nouveau pays. Eretz Israël est impatient de recevoir des gens en bonne santé physique et mentale, des gens qui savent utiliser leurs forces à des fins productives (…) Allons-y, allons-y et laissons les plus faibles derrière nous. »[14]  

La politique d’Oleiskyle est dans la droite ligne de celle préconisée par Chaïm Weizmann lorsqu’il déclare en 1938 : « La Palestine ne peut absorber tous les Juifs d’Europe. Nous voulons que les meilleurs de la jeunesse nous rejoignent. Nous voulons uniquement en Palestine des gens instruits afin d’enrichir la culture. Les autres Juifs doivent rester là où ils sont et faire face au sort qui les attend. Ces millions de Juifs ne sont que la poussière sur les routes de l’histoire et ils peuvent se faire emporter par le vent. Nous ne voulons pas qu’ils inondent la Palestine. Nous ne voulons pas que Tel-Aviv devienne un autre ghetto de pauvres. » Une prise de position du futur président d’Israël qui peut paraître excessive, moralement contestable mais hélas prémonitoire.[15]

Au début 1945, Ben Gourion, au cours d’un débat de l’exécutif de l’Agence juive, explique les raisons de cette politique de sélection lorsqu’il déclare que « toute l’aide apportée aux Juifs d’Europe doit l’être dans une perspective sioniste ». En octobre 1945 il consigne dans son journal : « Le sionisme n’a pas pour mission de sauver les Juifs d’Europe, mais de sauver la Palestine pour le peuple juif. »

Deux mois avant la proclamation de l’indépendance, alors que les affrontements avec les Arabes font rage, Ben Gourion écrit à l’un des délégués de l’Agence juive chargée de l’immigration : « Les Arabes disposent d’un grand nombre de réservistes et nous avons besoin d’hommes venant de l’étranger pour la guerre. Une immigration qui n’est pas entièrement destinée, du début jusqu’à la fin, à répondre aux exigences de la guerre n’est aujourd’hui d’aucune utilité. Vous devez comprendre que votre activité, comme c’est le cas pour le Yishouv, doit s’adapter à ces exigences : cela signifie l’envoi d’hommes entraînés au combat âgés de dix-huit à trente-cinq ans…»[16]

On comprend ces priorités exprimées par Ben Gourion alors que la communauté juive est assiégée, en butte aux révoltes sanglantes des Arabes puis des guerres pour l’indépendance. Il n’en reste pas moins que pour les nombreux réfugiés juifs d’Europe, le refus de leur demande d’immigration est un sujet de grand désespoir. Même la Terre promise leur est refusée, parce qu’ils sont trop vieux, trop jeunes, malades ou « inaptes » suivant des critères mal définis. Ils n’ont pas été « sélectionnés » par leurs propres frères.

Dans le cas qui nous intéresse, celui de l’accueil des survivants, la discrimination fut du racisme à l’état pur, la sélection, une atteinte profonde à la dignité humaine. Dans les trois ou quatre années qui ont suivi la guerre, le monde occidental s’est refusé à tendre dignement la main aux quelques survivants de l’enfer, alors qu’ils en avaient les moyens.

 

 

[1] DIVINE Robert, American Immigration Policy, 1924-1952, Yale University Press, New Haven, 1957, p. 123.

[2] Une association juive d’influence.

[3] GENIZI Haim, America’s Fair Share : The Admission and the Resettlement of Displaced Persons, 1945-1952, Wayne State University Press,  Detroit, 1993, p. 82. Volksdeutsche, Personne d’origine ethnique allemande dans les pays de l’Est Nord de l’Europe qui se sont réfugiés en Allemagne dans les camps de DP.

[4] CESARINI David, éd., Justice Delayed, Phoenix Press, Londres, 2001, p. 71.

[5] Ibid. p. 79.

[6] Ibid. p. 83.

[7] ABELLA Irving et PROPER Harold, None is too many : Canada and the Jews of Europe, 1933-1948, Lester & Orpen Dennys Publishers,Toronto, 1983, p. 253. 19 novembre 1947.

[8] Ibid. p. 255.

[9] BLAKENEY Michael, Australia and the Jewish Refugees, Crown Helm, Sidney, Australia, 1965, p. 291.

[10] LAVSKY Hagit, Displaced Persons, Jewish, in GUTMAN Ysrael éd., Encyclopedia of the Holocaust, Macmillan Publishing, New York-Londres, 1990, p. 381.

[11] KÖNIGSEDER Angelika et WETZEL Juliane, Waiting for Hope : Jewish Displaced Persons in Post War II Germany, Northwestern University Press, Evanston, Ill., 2001, p.146.

[12] SCHWARZ Leo, The Redeemers : A Saga of the Year 1945- 1952, Farrar, Strauss and Young, New York, 1953, p. 194.

[13] OUZAN Françoise, « Föhrenwald, Dernier camp de personnes déplacées », in BENSOUSSAN Georges, Devant l’abîme. Le Yishouv et l’Etat d’Israël face à la Shoah (1933-1961), Revue d’histoire de la Shoah, Paris janvier-juin, 2005, p. 224. Nahum Goldman  en mai 1948. Il deviendra président du Congrès juif mondial.

[14] Ibid. p. 218. ORT : Organisation de Réhabilitation et de Travail.

[15] RABKIN Yakov, L’opposition juive au sionisme. Au nom de la Torah. Presses de l’Université de Laval, Laval, 2005, p. 206. Une déclaration qu’il faut replacer dans le contexte insurrectionnel qui régnait avant guerre en 1938 en Palestine.

[16] SEGEV Tom, Le Septième Million : Les Israéliens et le Génocide,  Liana Levi, Paris, 1993, p. 215.

 

Prisonniers de guerre juifs aux mains des nazis. 1940-1945.

                      Le Comité International de la Croix-Rouge

                           a sauvé ceux des pays occidentaux.

 

Paradoxalement ce sont les camps de prisonniers de guerre en Allemagne entourés de barbelés et sous commandement SS qui ont constitué un des meilleurs refuges pour des milliers de Juifs. Partout ailleurs la « chasse » aux Juifs sévit et ceux qui tombent dans les « rets » des nazis sont voués à la mort. Contrairement à ce que l’on aurait pu croire, pour quelque dix mille combattants juifs des forces armées alliées occidentales faits prisonniers par la Wehrmacht, ces camps ont été des havres salvateurs.

Alors qu’ils étaient tombés entre les mains de leurs tortionnaires, ces Juifs sont restés sains et saufs jusqu’à la fin du conflit. Malgré des brimades et des discriminations, ils ont partagé le sort que leurs camarades de combat non juifs. Le Comité international de la Croix Rouge de Genève (CICR), interrogé par le Congrès Juif Mondial de New York, en donne confirmation : « Aucun renseignement n’indique que, d’une façon générale, les prisonniers de guerre juifs en captivité allemande seraient soumis, en raison de leur race, à un traitement différent des autres. »[1]

L’Allemagne a signé la Convention de Genève de 1929 sur la protection des prisonniers de guerre, établie sous l’égide du CICR. Bien que décidés à « débarrasser » l’Europe de tous ses Juifs, le Reich a respecté son engagement envers les Alliés occidentaux, tous signataires de la Convention. Comme les autres prisonniers, les Juifs ont bénéficié de la visite des délégués du CICR, ils ont pu échanger un minimum de correspondance ; le ravitaillement toujours insuffisant des Allemands a été complété par des colis de la Croix-Rouge, et ils n’ont pas été astreints à des travaux forcés meurtriers.

Parmi les cas de discrimination, il en est un qui a joué en faveur des prisonniers juifs. En 1942, certains d’entre eux qui auraient pu être rapatriés pour des raisons de santé, ont été rayés des listes par les Allemands.[2] Paradoxalement, cette discrimination leur a probablement sauvé la vie. En effet, quelques prisonniers de guerre français juifs ont été libérés et ont pu rentrer en France au titre de la relève, cette opération d’échange de travailleurs français transférés en Allemagne contre le retour de prisonniers de guerre. Nombre de Juifs rapatriés dans ce cadre sont arrêtés par la Gestapo dès leur arrivée en France et déportés vers les camps de la mort. Libérés des camps de prisonniers, ils ne sont plus protégés par la Convention de Genève comme prisonniers de guerre.

Les Allemands appliquent les conventions lorsqu’ils craignent des réactions, voire des mesures de représailles des Alliés sur leurs propres prisonniers de guerre. Lorsque ce n’est pas le cas et qu’une convention ne leur convient pas, les nazis ont toujours cherché un semblant de justification juridique pour ne pas l’appliquer. Ils veulent toujours être « juridiquement corrects », un euphémisme qui cache une politique brutale et criminelle. C’est ainsi que les 500.000 prisonniers de guerre polonais ne sont pas protégés par la Convention de Genève que la Pologne a pourtant signée.

Les Allemands se justifient en arguant qu’il n’y a plus d’Etat polonais et partant pas de prisonniers de guerre au sens de la Convention. Ils ont utilisé un argument pseudo-juridique basé sur une situation qu’ils ont eux-mêmes créée pour se dégager des contraintes de la Convention de Genève. Ces ex-prisonniers de guerre polonais sont pour la plupart incorporés à l’effort de guerre allemand. L’on connaît la mortalité de ces esclaves du travail des temps modernes. Pire, parmi ces prisonniers polonais se trouvent 60.000 à 65.000 Juifs. Ils sont rapidement exterminés et quelques centaines seulement survivront à la guerre.[3] Ce sont les premières victimes juives polonaises.

Le cas de l’URSS est terrible, Moscou n’a pas signé la Convention de Genève. L’Allemagne s’estime de ce fait libérée de toute obligation. Etant donné l’immensité des forces militaires en présence, le CICR est conscient du désastre qui se prépare. Dès le lendemain de l’offensive allemande contre l’URSS du 22 juin 1941, qui rompt le pacte d’alliance germano-soviétique du 23 août 1939, le CICR propose ses services aux deux belligérants. Rien ne s’oppose à l’application de la convention sur les prisonniers de guerre si les adversaires se mettent d’accord. Avant la fin du mois de juin, le CICR reçoit l’accord des Russes et des Allemands « sous réserve de réciprocité ». C’est sur le mot réciprocité que tout échoue ; « tout en l’accusant des pires atrocités, chaque belligérant exige de son adversaire qu’il fournisse la preuve de sa volonté d’appliquer les conventions humanitaires. »[4]

Dans une guerre de destruction, une guerre entre deux idéologies opposées, la bestialité se conjugue avec le crime et chacun accuse l’autre des exactions les plus abominables. Tout accord humanitaire devient impensable, le mot même d’« humanitaire » disparaît du vocabulaire. Résultat, sur 5,7 millions prisonniers russes, 3,3 millions périssent. Ils sont nombreux à mourir lentement d’inanition, enfermés derrière des barbelés et recevant moins de 500 calories de nourriture par jour.[5] Quant aux quelque 70 000 à 85 000 soldats juifs faits prisonniers, ils sont exécutés par les Unités spéciales d’extermination au fur et à mesure de leur capture par la Wehrmacht. Comme ce fut le cas pour les prisonniers de guerre juifs occidentaux, auraient-ils pu être sauvés si le CICR avait obtenu que les deux parties se conforment à la convention de 1929 ? Ce n’est pas impossible.

 

[1] FAVEZ Jean-Claude. Une mission impossible, le CICR, les déportations et les camps de concentration nazis. Lausanne Payot 1988, p. 203, 5 mai 1943.

[2] Ibid. p. 202.

[3] STREIT Christian, Jewish Prisonners of War, in Encylopédia of the Holocaut, New York, MacMillan, 1990, p. 1189.

[4] BUGNION François. Le Comité international de la Croix-Rouge et la protection des victimes de la guerre. Genève, Comité international de la Croix-Rouge, 1994, p. 214 et Durand André, Histoire du Comité international de la Croix-Rouge, de Sarajevo à Hiroshima, Genève, Institut Dunant, 1978, p. 437.

[5] BEDARIDA François. La politique nazie d’extermination, Paris, Albin Michel, 1989, p. 24.

Le scandale des comptes américains des victimes de la Shoah.

                                                             1945-2001

Dans l’affaire des fonds juifs en déshérence, n’était-il pas exagéré de traiter les Suisses de « cupides, blanchisseurs, receleurs, voleurs, pillards et menteurs ? »[1] Une diatribe violente sous la plume de Mortimer B. Zuckerman, l’éditeur du grand magazine d’information politique US News and World Report . [2] Cette attaque ne manque pas de cynisme lorsque l’on analyse la politique indigne poursuivie par les Etats-Unis envers les comptes juifs qui y étaient déposés.

Des voix se sont élevées aux Etats-Unis pour demander que l’Amérique fasse son propre examen de conscience. Seymour Rubin, qui pendant des décennies a défendu les intérêts des victimes de la Shoah, écrit à Stuart Eizenstat, le sous-secrétaire d’Etat chargé par le président Bill Clinton de suivre le dossier suisse. Il se plaint du manque d’efforts des Etats-Unis pour retrouver les actifs américains des victimes de l’Holocauste.[3] Devant une commission de la Chambre des Représentants, il accuse les Etats-Unis « de n’avoir pris que des mesures très limitées pour identifier les actifs juifs sans héritiers ».[4]

Le sénateur Alphonse d’Amato, qui mène l’offensive contre la Suisse, sent le danger. Il sait que les Etats-Unis ont été avec la Suisse la principale destination des actifs juifs d’Europe continentale.[5]  Il met en place un contre-feu. Ce sera la Presidential Advisory Commission on Holocaust Assets in the United States ( PACHAUS ) créée par le Président Clinton le 23 juin 1998. D’Amato reconnaît qu’« alors que nous avons demandé des réponses à la Suisse et à d’autres nations sur l’utilisation des comptes en déshérence et de l’or, nous n’avons pas mené d’investigations ici aux Etats-Unis sur le sujet ».[6]

Pour éviter tout dérapage, cette Commission est présidée par Edgar Bronfman , président du Congrès Juif Mondial, l’organisation à l’origine des accusations contre les banques suisses. Ses membres sont pour la plupart des politiciens ou des fonctionnaires. Aucun étranger, on reste dans un cercle étroit d’amis. Les recherches sont donc parfaitement encadrées et pourtant l’épais rapport remis en janvier 2001 par la Commission apporte des révélations surprenantes. Il permet de constater les carences condamnables de l’administration américaine.

Les Etats-Unis disposaient d’une base de données exceptionnelle. Au début de l’été 1941, à la demande du ministère des Finances, les banques américaines ont recensé les 565 000 comptes aux Etats-Unis de personnes domiciliées en Europe continentale. Une comparaison par ordinateur avec les fichiers des victimes de l’Holocauste aurait permis d’identifier tous les comptes leur appartenant. Les tonnes de documents de cette base de données essentielle ont été intégralement détruites par l’administration sans qu’aucune explication n’ait jamais été donnée. Et la Commission conclut benoîtement que cela rendit « extrêmement difficile d’identifier et d’estimer la valeur de ces actifs ».

Heureusement les comptes bloqués appartenant à des personnes de nationalité de pays ennemis, à l’exclusion des comptes appartenant à d’autres nationaux, avaient été transférés en 1945, avant leur destruction, à l’Office des biens étrangers.[7] La Commission présidentielle décrit la procédure de restitution de ces comptes. « Aucune différence ne fut faite en ce qui concerne les actifs d’étrangers qui furent victimes de l’Holocauste (…) Du fait du coût et des difficultés d’introduire la demande, de nombreuses victimes n’ont pas soumis leur demande avant la date limite ( 1955 ) et de ce fait n’ont pas reçu leurs actifs ».[8] Le rapport ajoute qu’ « une partie des dommages de guerre US ont été payés avec des actifs allemands et que ceux-ci ont probablement inclus des actifs des victimes ! »[9]

A ce manque de compassion et d’humanité s’ajoute une lenteur administrative désespérante. Un rapport sénatorial de l’époque constate l’« inefficacité et la façon dilatoire dont les demandes sont traitées (…) Le temps moyen de réponse était de 46 mois en 1952 ».[10] Encore fallait-il que la victime démontre qu’elle avait un actif aux Etats-Unis. S’il s’agissait d’un héritier, il devait prouver que le titulaire du compte était mort, une exigence des banques suisses que les Américains ont violemment dénoncée alors qu’ils agissaient de la même manière.

Le président Eisenhower donna mandat à la Jewish Restitution Successor Organisation (JSRO) de recevoir les comptes en déshérence sans héritiers. En 1957 JSRO en avait approuvé 2 000 comme méritant une compensation.[11] Elle devra attendre 15 années pour recevoir en 1962 une somme symbolique de $ 500 000 pour solde de tout compte. JSRO l’accepte pour mettre fin à des attentes interminables et à des coûts de négociation qui s’accumulent.[12]

Où en est-on un demi-siècle plus tard ? Les recommandations de la Commission présidentielle montraient que de nombreux comptes dormants de victimes existaient encore et rien n’avait été fait à leur égard. Elle recommandait au Président de « demander d’urgence au Congrès de rouvrir le processus des demandes pour les victimes et leurs héritiers dont les actifs ont été repris par l’Office des biens étrangers mais n’ont pas encore été rendus ».[13]  D’une façon plus précise, la Commission présidentielle recommandait « la mise en place d’une base de données sur ordinateurs des demandes des victimes de l’Holocauste pour la restitution de leurs actifs personnels ». Plus loin la Commission souhaitait « une comparaison de la documentation mise à jour par les 50 Etats pour les actifs du temps de l’Holocauste qui ont été remis aux Etats avec une banque d’information des noms des victimes. Cette base de données comprendrait celle du Yad Vashem (…) Les résultats seraient largement diffusés pour permettre aux personnes avec des demandes légitimes d’obtenir le retour de leurs actifs ».[14] 

Que s’est-il passé depuis la publication du rapport ? Pas grand-chose d’après les informations qui parviennent en Europe. Typique de ce genre d’organisme, la Commission présidentielle, après s’être ajournée définitivement en mars 2001, s’est défaussée sur une autre structure pour exécuter ses recommandations. Une fondation devait être créée dans ce but.

L’épouse du président, Hilary Clinton, était là lors de la remise du rapport le 16 janvier 2001. Avec un œil sur le vote des Juifs nombreux dans l’Etat de New York où elle briguait un siège de sénateur, elle promit      qu’elle suivrait le travail entrepris. On est sans nouvelles. Combien de temps les victimes et leurs héritiers devront-ils encore attendre que leurs biens leur soient restitués ?

Selon l’historien américain Bazyler, cette Commission a été un échec. Il parle d’un double standard : « Les demandes que nous avons faites aux gouvernements européens (…) d’examiner honnêtement et de documenter leurs transactions financières et d’autres activités n’ont pas été appliquées aux Etats-Unis » . [15] Quant à Edgar Bronfman, président de la Commission présidentielle, il ne commente pas les manquements inacceptables de l’administration américaine et l’absence de mesures concrètes prises par la Commission qu’il a nommée pour y remédier.

[1] Un autre article traite de la question en Suisse.

[2] BRAILLARD Philippe, Tragédie et mascarade, Autopsie de la crise des fonds juifs et de l’or nazi, Georg, Genève, 1998, p. 49. Article du 22 juin 1998.

[3] RICKMAN Gregg, Swiss Banks and Jewish Souls, Transactions Publishers, New Brunswick USA, 1999,  p.17, note 66.

[4] FINKELSTEIN Norman, The Holocaust Industry, Reflexions on the Exploitation of Jewish Suffering, Verso, Londres – New York, 2003. p. 116.

[5] VOLCKER Paul A. Report on Dormant Accounts of Victims of Nazi Persecution in Swiss Banks, Staempfli Publishers Ltd, Berne, 1999, p. A 127.

[6] BAZYLER Michael, Holocaust Justice. The Battle for Restitution in America’s Courts, New York University Press, 2003, p. 301.

[7] Ils ne concernent donc que les Allemands, les Japonais, les Italiens, les Hongrois et les Bulgares. Des autres, il n’est pas question. Ils furent simplement “oubliés”.

[8] Presidential Advisory Commission on Holocaust Assets in the United States ( PACHAUS ) Washington  2000, Implementation of Restitution Policy in the United States. p. 1.

[9] IBID. p. 2.

[10] IBID. p. 1.

[11] London Conference, Nazi Gold, 2-4 décembre 1997, London, The Stationary Office, 1998, p. 92.

[12] PACHAUS. op. cit. Chapitre V, p. 2.

[13] IBID. Recommandations, p. 6.

[14] IBID. Recommandations, p. 2 et 3.

[15] BAZYLER, op. cit. p. 305.

 

Le parcours très contestable de la famille de Manfred Weiss. 1938-1944

           Une famille juive qui possède le plus important

                             groupe industriel hongrois.

 

ondée en 1880, la Manfred Weiss Werke emploie à la veille de la guerre quelque 30 000 personnes. D’une fonderie initiale la société est devenue un gros conglomérat actif dans la sidérurgie, la production de machines et même de certains biens de consommation. La deuxième et la troisième génération contrôlent et gèrent le groupe. Elles n’ont pas été affectées par la politique violemment antisémite menée par le chef de l’Etat hongrois depuis 1920 le régent Miklos Horty Nagybanya.

Avant l’occupation allemande en mars 1944, Horty a promulgué des lois antisémites qui rivalisent avec celles du Reich : limitation à 20% puis à 5% de la participation des Juifs à la vie économique et à l’administration dès 1938. Suit une loi interdisant le mariage et les relations sexuelles avec les Juifs et une autre privant de la nationalité hongroise 250 000 Juifs. Une dernière loi définit les Juifs comme une race et non une religion.[1]

Ces persécutions s’accompagnent de tueries. Environ 60 000 Juifs sont morts avant l’arrivée de la Wehrmacht. Sur quelque 100 000 Juifs envoyés par Budapest au travail forcé à l’Est, 42 000 décèdent. En juillet 1941 le gouvernement hongrois livre aux Allemands plus de 18 000 Juifs étrangers. Evacués vers Kamenets-Podolski, ils sont exécutés les 27 et 28 août par les SS, des mercenaires ukrainiens et une unité de sapeurs hongrois.[2]

Ces événements ne concernent pas la famille Weiss, pas plus que la plupart des Juifs vivant à Budapest. En France ils se qualifieraient de « Juifs de souche ». Non seulement ils sont parfaitement intégrés à la société magyare,  mais une majeure partie de la finance, de l’industrie et du commerce est entre leurs mains. Le pouvoir politique en est conscient. Il a besoin d’eux et les protège.[3] Les persécutions sont réservées aux centaines de milliers de « Juifs étrangers » des territoires récemment annexés par la Hongrie, même s’ils ont récemment acquis la nationalité hongroise. S’ajoute une quarantaine de milliers de réfugiés juifs venus de Pologne, de Tchécoslovaquie et d’Autriche après l’occupation de ces pays par l’Allemagne.

Les descendants de Manfred Weiss ne sont pas inquiets. Alors qu’ils en avaient la possibilité, ils n’ont pas pris la précaution d’envoyer leurs familles à l’étranger, hors d’atteinte des nazis. Le groupe reste confiant, il entretient des relations commerciales suivies avec Berlin. Avant la guerre il exportait principalement vers l’Europe centrale. Conséquence des conquêtes territoriales du Reich, c’est vers ce pays que se dirigent dorénavant les exportations. Elles comportent des armes, des véhicules 4X4, des motocycles, des moteurs d’avions et même des véhicules blindés légers, sans oublier des produits alimentaires divers, Ainsi pendant quatre années de guerre, une grande entreprise juive située dans un pays toujours libre d’occupation va contribuer à l’effort de guerre du Reich. Une situation condamnable que l’on ne retrouve nulle part ailleurs.

Tout bascule avec l’arrivée des troupes allemandes le 19 mars 1944. Dès le 21 mars la SS arrête un important directeur de la société, Ferenc Kelemen. Il est soumis à un interrogatoire brutal. Quelques jours plus tard, c’est le tour du chef de la famille, Ferenc Chorin, un homme âgé. Paniqué, il tente de mettre fin à ses jours avec une capsule de cyanure. La terreur s’est installée. Kurt Becher qui vient d’arriver en Hongrie peut entrer en scène.

Becher veut prendre le contrôle des entreprises Weiss, officiellement pour assurer la continuité de la production et éviter toute rupture dans les exportations vers le Reich. En fait il a pour mission d’assurer à la SS le contrôle de l’entreprise et des bénéfices en résultant. Les SS se bâtissent un empire industriel qui leur assure des revenus et un pouvoir économique. Ils se heurtent au puissant conglomérat que le maréchal Goering s’est constitué. La reprise de Weiss par les SS sera contestée par le tandem de Goering et de von Ribbentrop, le ministre des Affaires étrangères. Ils devront faire appel à l’autorité de Heinrich Himmler, le tout puissant chef de la Gestapo à Berlin.

Dans un premier temps Becher fait sortir Corin de la prison où il est détenu et le l’assigne en résidence surveillée dans l’hôtel particulier de ce dernier à Budapest. Il désire redonner un minimum de confiance à Corin avec lequel il veut conduire des « négociations ». Ce n’est pas le style de la SS qui impose ses décisions par la force. Mais il y a un problème. Une majorité des actions qui sont détenues par des membres juifs ou considérés comme juifs de la famille ont été confisquées par l’Etat hongrois. Le solde est entre les mains d’autres descendants de Manfred Weiss qui par des mariages successifs sont aryens. Il faut les convaincre de les remettre aux SS sans paiement.

Becher met la pression sur Corin. Il doit convaincre les minoritaires de céder leurs actions et au lieu d’envoyer toute la famille au camp de travaux forcés de Mauthausen, il obtiendra pour eux un départ pour l’étranger.[4] Un accord intervient qui évite les difficultés d’une vente forcée. Les actions appartenant aux actionnaires aryens sont confiées pour 25 ans à un trust contrôlé par la SS.

Mais que valent les promesses d’un officier SS ?  En 1944 on ne libérait jamais des prisonniers juifs. Tout au plus on les maintenait en vie dans des camps si l’on pensait qu’étant donné leur importance ils pouvaient servir de monnaie d’échange contre des prisonniers allemands détenus par les Alliés. Pendant des semaines toute la famille est enfermée dans un wagon-lit dans une gare de triage, attendant dans l’angoisse de connaître son sort.

Même pour des SS, il n’est pas facile de faire sortir du Reich un groupe de Juifs aussi connus. Becher se heurte à l’intervention de Goering qui voit les entreprises Weiss échapper à l’empire industriel qu’il s’est constitué. Il est soutenu par von Ribbentrop qui a été maintenu hors de l’affaire. Une fois de plus Himmler décide. Le 25 juin un premier groupe de neuf personnes s’envole pour la Suisse et un second de 32 vers Lisbonne. 5 membres de la famille ne partiront pas. Les SS les retiennent comme otages afin d’être sûrs du silence exigé des partants.

N’est-il pas très contestable qu’une famille juive qui contrôle et gère le plus grand conglomérat industriel en Hongrie ait pu rester aux commandes jusqu’en 1944 dans un pays où les mesures antisémites les plus radicales étaient employées. Que pendant ces quatre années de guerre elle ait livré du matériel militaire à une Hongrie qui combattait contre l’URSS et au Reich qui massacrait par millions ses coreligionnaires. Que les nazis, alors qu’ils envoyaient plus de 400 000 Juifs hongrois mourir à Auschwitz, aient mis des avions à disposition de la famille pour voler vers la liberté.

[1] BRAHAM Randolph, The Politics of Genocide : The Holocaust in Hungary , 2 vol. Columbia University Press, New York, 1981, p. 5, 21, 22, 40.

[2] BRAHAM Randolph, The Politics of Genocide, The Holocaust in Hungary, Edition abrégée, Wayne State University, Detroit, 2000, p. 33.

[3] Un tiers d’entre eux seront assassinés ou déportés vers la mort après la chute de Horty le 15 octobre 1944,  remplacé par les Allemands par le régime fasciste des Croix Fléchées.

[4] Mauthausen, un camp où les travaux forcés ont le plus souvent conduit à la mort par épuisement.

Roosevelt « rêve de paradis terrestres » pour les réfugiés juifs d’Allemagne. 1948-1941

 

Sincérité, hypocrisie ou cynisme ?

Le 15 septembre 1935, les lois raciales de Nuremberg rendent la vie des Juifs allemands impossible. En décembre sir Eric Phipps, consul général d’Angleterre à Munich, écrit au Foreign Office : « La situation des Juifs est en train de devenir si désespérée qu’il apparaît chaque jour de façon plus évidente (…), que la politique nazie actuelle menace la population juive du Reich d’extermination.»[1] Progressivement Roosevelt devient conscient de cette situation intolérable. L’Anschluss, l’annexion de l’Autriche à l’Allemagne en mars 1938, précipite des dizaines de milliers de Juifs autrichiens persécutés sur les routes de l’exode.

En juillet 1938 Roosevelt réunit 32 pays à Evian. Il fixe un but : faciliter l’émigration d’Allemagne et d’Autriche des « réfugiés politiques ». Euphémisme que le Président utilisera sans cesse pour éviter de parler de réfugiés juifs. Une Conférence vouée à un échec retentissant. Dans son invitation le Président n’a-t-il pas spécifié « qu’il ne serait demandé à aucun pays de recevoir un plus grand nombre d’immigrants que celui permis par les lois existantes.»[2] Dans les conclusions de la rencontre ont peut lire : « Les gouvernements des pays de refuge ou d’installation ne seront en aucune façon responsables d’une quelconque obligation de financer l’émigration involontaire.»[3]

Les persécutions s’accélèrent. Pendant la nuit de Cristal, le 9 novembre 1938, c’est l’embrasement des synagogues, la mise à sac des magasins et entreprises juives. 30.000 Juifs sont matraqués, traînés et enfermés dans des camps de concentration. Face à ces visions insupportables, les opinions publiques occidentales réagissent vivement. Elles clament leur soutien aux Juifs et demandent à leurs gouvernements d’agir mais ajoute mentalement … « dans la mesure où ces êtres martyrisés ne viennent pas gonfler le nombre des chômeurs, mais vont ailleurs. » Derrière une apparence de générosité se cache un égoïsme sans fond. Alors, pour faire diversion, le monde politique et administratif, ministres, parlementaires et hauts fonctionnaires, soutenus par la presse inventent des refuges paradisiaques pour Juifs. Habile politicien à l’écoute de ses électeurs Roosevelt s’empare du concept.

Le Président demande à l’ Advisory Committee for Refugees de trouver des pays d’accueil, lointains et sous peuplés de préférence. Le Comité fera une cinquantaine de suggestions, sans un seul résultat tangible.[4] Un travail d’amateur si on le compare au travail du projet « M », mis en place par Roosevelt en 1940. Pas moins de 666 études d’implantations géographiques sont produites pendant la guerre.[5] Un exercice de style qui ne sert à rien. Le manque de réalisme de nombre de ces plans est stupéfiant. Henry Field, qui dirigea le projet « M », cite un plan qui prévoit la désalinisation de l’eau de mer pour convertir les déserts d’Afrique du Nord en terres fertiles autour de cités équipées de l’air conditionné ![6]

Le jugement implacable porté par l’Historien Michael Marrus sur ces projets semble pleinement justifié : « Dans le meilleur des cas, ils sont le résultat d’une illusion, largement répandue dans les années trente, consistant à voir le monde tel que l’on a envie qu’il soit. Au pire, ils sont une manipulation cynique pour limiter l’immigration et maintenir dans l’attente les solliciteurs. »[7] Pour se donner bonne conscience, les dirigeants politiques entretiennent parmi les Juifs condamnés des espoirs programmés pour l’échec. A la persécution physique d’Hitler, les Occidentaux ajoutèrent la déstabilisation psychologique, née de plans de sauvetage qui n’étaient que des mirages. Un tel comportement est d’autant plus révoltant, d’autant plus choquant que chacun savait tous ces projets irréalisables. Mais tout se passa comme s’il fallait se laisser aller à rêver d’un autre monde pour se persuader d’y croire.

Isaiah Bowman, président de l’université John Hopkins et l’un des meilleurs experts de l’époque sur l’installation de populations sur de nouveaux territoires, publia en 1937 une étude approfondie sur les possibilités d’installation. Bowman conclut : « Les terres nouvelles ne pourront accueillir que trop lentement un nombre de personnes trop faible pour que cela ait un impact social important sur les populations des pays d’origine. »[8]

A l’exception des hauts plateaux de l’Est britannique, les conditions climatiques rendent difficile une implantation en masse d’Européens en Afrique. S’ajoute le refus des populations déjà installées de recevoir même quelques réfugiés. En 1938 le gouverneur de la Rhodésie informe Londres que son conseil législatif s’oppose à l’arrivée de 150 colons juifs. Un représentant aux communes, O. E. Sargent, s’enflamme contre ce déni d’humanité : « Il est fantastique que nous puissions être arrêtés par un petit groupe de 11.000 Blancs qui restent campés dans le coin de ce vaste territoire inhabité et sous-développé comme des chiens près de leur mangeoire et refusent l’entrée à toute autre personne. »[9] Mais cette intervention ne change rien à la décision du gouverneur et de ses pairs dans d’autres parties du monde.

Roosevelt s’intéresse personnellement aux possibilités offertes par l’Ethiopie et l’Angola et échange des correspondances à ce sujet avec Mussolini et Salazar.[10] Mais lorsque l’Alaska lui est suggéré, le Président se raidit et refuse. Il ne veut pas prendre le moindre risque politique sur le plan intérieur.[11] Des refuges soit, mais pas aux Etats-Unis, ailleurs.

« Du capital doit être trouvé pour ouvrir les régions et installer les infrastructures nécessaires à la civilisation. Ce sont des étapes trop importantes pour être entreprises par des organisations privées. Il est maintenant impératif que les gouvernements interviennent financièrement pour faciliter l’émigration et l’installation dans des régions qui ne sont pas encore développées », conclut Sir John Simpson à l’époque.[12] Or les gouvernements occidentaux n’ont aucune intention d’intervenir financièrement. Roosevelt le répète régulièrement.

Neville Chamberlin, le Premier ministre britannique, même après la Nuit de Cristal, continue à s’accrocher à une chimère bien pratique mais peu crédible, qui lui fait dire « que le pays d’origine doit contribuer au problème de l’émigration en permettant aux émigrants d’emporter avec eux leurs avoirs et leurs possessions.» Il invite avec quelque hypocrisie  « les organisations charitables à examiner où l’immigration pourrait prendre place, le gouvernement pour sa part étant prêt à louer de larges portions de certaines colonies britanniques à des conditions généreuses. »[13] De deux choses l’une : ou Chamberlin n’a pas saisi les données du problème, ce qui est grave pour un chef d’état, ou il ne veut pas les admettre, et il est alors d’un cynisme effrayant.

Le 1er décembre 1938, R.M. Makins explique sans état d’âme la politique anglaise : « En toute franchise on doit admettre que l’offre de la Guinée britannique et du Tanganyika sont largement illusoires et que l’on s’en rendra inévitablement compte en temps voulu. » Il poursuit en expliquant qu’en faisant ces propositions l’Angleterre estime qu’elle « allége la pression sur la Palestine et rend la solution de ce problème plus facile tout en remplissant les obligations morales que l’Angleterre peut avoir envers les Juifs… Ainsi aucun pays ne pourra nous faire le futur reproche de ne pas avoir sérieusement contribué aux problèmes de l’émigration. »[14] !!

Le 17 mai 1939, Londres publie le rapport d’une commission qui s’est rendue en Guyane Britannique. Elle conclut que l’on pourrait n’envoyer sur place que 3 à 5.000 réfugiés à titre expérimental. Un projet que l’historien Yehuda Bauer qualifie de «manoeuvre de diversion».[15] Les mots sont faibles lorsque l’on écoute ce que déclare le 13 juillet 1939 Lord Winterton lors d’une séance avec ses collègues américains : « Il n’est pas dans les intentions du gouvernement de la Grande-Bretagne d’autoriser un établissement massif (de réfugiés juifs) en Guyane ou quoi que ce soit qui ressemble à la Palestine… L’idée qui semble avoir cours dans les milieux américains, selon laquelle quelque chose comme un état juif pourrait être créé quelque part dans le monde, est utopique à l’extrême, impossible à réaliser et rencontrera l’opposition du gouvernement britannique.»[16] On ne peut être plus clair !

Roosevelt est prévenu. Le projet « M » n’en poursuit pas moins son travail ubuesque. Aurait-il par une sorte de miracle abouti à localiser une terre d’accueil que Roosevelt n’aurait offert aux Juifs que de se rendre sans financement dans une contrée sans organisation sociale ou économique pour les recevoir ou de rester en Allemagne où leur vie est impossible. Dans les deux cas, une perspective sans espoir.

La politique suivie par les Occidentaux ressemble plus à une fuite en avant qui leur évite de devoir s’engager sur des solutions immédiates. Les Juifs n’avaient qu’à attendre un temps qui ne leur fut pas accordé.

[1] SHERMAN Ari, Johsua, Island of Refuge, Britain and Refugees from the Third Reich, 1933-1939, Paul Elek, Londres 1973, p. 63.

[2] WYMAN David, Paper Walls : American and the Refugee Crisis, 1938-1941, Pantheon, New York, 1985, p. 43.

[3] STRAUSS Herbert A, Immigrant from the Nazi Period to America, New York, 1978, p. 364.

[4] FEINGOLD Henry, The Politics of Rescue, The Roosevelt Adminstration and the Holocaust, 1938-1945, Rutgers University Press, New Brunswick 1972, p. 93.

[5] Roosevelt pense aussi aux millions de réfugiés qui résulteront de la guerre.

[6] WYMAN, op. cit. p. 59.

[7] MARRUS Michael R. Les Exclus, Les Réfugiés Européens au XXème Siècle, Calman-Lévy, Paris, 1981, p. 188.

 

[8] WYMAN, op. cit. p. 57.

[9] Ibid. p. 189.

[10] Ces deux pays sont sous le contrôle colonial respectif de l’Italie et du Portugal.

[11] Ibid. p. 58.

[12] SIMPSON John, Hope, The Refugee Problem, a Report of a Survey, Oxford University Press, New York, 1939, p. 549.

[13] SHERMAN, op. cit. p. 179.

[14] WYMAN, op. cit. p. 188-189.

[15] BAUER

[16] ELISSAR Eliahu Ben, Le facteur juif dans la politique étrangère du IIIème Reich, 1933-1939, Julliard, Paris 1969, p. 439. 13 juillet 1939.